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Genève - Projet de réintroduction de la chasse

Interdite suite à une initiative populaire acceptée par 72% des votants en 1974, la situation suscite toujours autant d’aigreurs aux chasseurs genevois. Depuis 40 ans, les tentatives de contourner la loi sont récurrentes. Cette fois, les chasseurs semblent avoir trouvé un soutien de poids avec l’ex-agriculteur et nouveau Conseiller d’Etat en charge du département de l’environnement Luc Barthassat.

Au prétexte de mettre sur pieds un groupe « d’éco-volontaires » pour seconder les gardes de l’environnement dans leurs tâches, le CE Barthassat souhaitait discrètement y intégrer des chasseurs genevois pour leur permettre de tirer la faune. D’abord exclues des discussions, les organisations de protection des animaux, représentées par Valérie Dérivaz, Présidente de l’association SOS Chats Meyrin et Luc Fournier, Président de la LSCV, ont finalement été « invitées » à participer au groupe de travail visant la mise en œuvre du projet.
Entre décembre 2014 et septembre 2015, Valérie Dérivaz et Luc Fournier, ont participé à une dizaine de séances ou rencontres avec les différents intervenants, dont le CE le 27 mai 2015.

Changement de stratégie du CE en septembre 2015, avec l’annonce du prochain démantèlement du service de la faune. Son directeur est déplacé, le service fondu dans un grand département de l’agriculture ! En agissant de la sorte, le CE pense probablement que lorsqu’il n’y aura plus assez de garde de l’environnement, tout le monde sera content de pouvoir bénéficier des services gratuits des chasseurs. C’est assez minable, mais le CE ayant le pouvoir de détruire un service qui fonctionne à satisfaction, il est dans ses prérogatives de passer de la pensée aux actes.
Et au cas où la manœuvre ne serait pas assez rapide, le CE a aussi prévenu qu’il se chargerait de délivrer les autorisations nécessaires aux chasseurs pour les tirs. Ce à quoi la LSCV a répondu qu’un recours serait déposé et une initiative populaire lancée si le retour des chasseurs était imposé à la population. Depuis, c’est le statu quo.

On se rappelle que Luc Barthassat, alors conseiller national en mal de publicité, n’hésitait pas à s’engager pour des causes populaires comme l’interdiction des tirs de chats errants. Une fois arrivé au pouvoir, son retournement de veste se révèle assez décoiffant.
On se rappelle aussi de la campagne de la LSCV menée en 2012 contre le projet de nouvelle Constitution genevoise au motif du risque de retour de la chasse. Argument déclaré comme totalement mensonger par la quasi totalité des partis politiques. Un mensonge ? Non, une réalité politicienne tellement prévisible.

Interviewé le 9 octobre 2015 à l’occasion de l’ouverture de la saison de la chasse par la télévision Léman bleu et la radio suisse romande pour l’émission « Vacarme », Luc Fournier y a dénoncé les manœuvres du CE Barthassat. Irrité, celui-ci a fortement nié les mauvaises intentions qu’on lui prêtait. Tout en livrant, avec la finesse qu’on lui connaît, le fonds de sa pensée (à partir de 15:25) :

  « J’ai toujours dit que les chasseurs étaient les premiers écologistes avec les paysans sur notre canton. Aujourd’hui j’ai la velléité de prendre les milieux de la chasse à Genève pour qu’ils travaillent en collaboration avec nos gardes faune qui régularisent (sic!) les sangliers. Avant on avait les chasseurs qui se baladaient un peu dans la nature, qui traquaient un petit peu les bêtes et qui les tiraient, aujourd’hui on attire ces sangliers aux pieds de miradors avec du maïs et d’autres substances, ont les tire, c’est presque un peu le massacre. On a perdu cet aspect où les chasseurs régularisaient un petit peu la nature à Genève. On a des restrictions budgétaires, on ne peut pas réengager certains postes de gardes faune et je pense que les chasseurs qui sont demandeurs à donner un coup de main aux gardes faune permettraient de mieux se connaître et de travailler ensemble. C’est ce que j’ai dit aux chasseurs, venez rejoindre les milieux de la nature, venez rejoindre les services de la nature, on va pas vous faire sortir le fusil tout de suite, la balle est dans leur camp, ils doivent me donner une réponse ».  


http://www.rts.ch/la-1ere/programmes/vacarme/7187662-les-chasseurs-amis-ou-ennemis-de-la-nature-3-5-04-11-2015.html?f=player%2Fpopup

 

Chronologie

Novembre 2014 : Les organisations de protection des animaux genevoise apprennent que la Direction générale de la nature et du paysage (DGNP) a été chargée par le Conseiller d’Etat (CE) Luc Barthassat de réunir les chasseurs genevois et les organisations de protection de la nature. Objectif : mettre sur pieds un groupe « d’éco-volontaire nature » en vue de seconder les gardes de l’environnement de la DGNP dans certaines tâches. Il s’agit notamment de permettre aux chasseurs genevois de tirer la faune.
Participent à ce groupe de travail, les chasseurs genevois, les pêcheurs et les organisations de protection de la nature Pro Natura et le Groupe ornithologique du bassin genevois (GOBG).

17 novembre 2014 : Les organisations de protection des animaux  écrivent au CE, rappelant « que la chasse est expressément interdite par la constitution genevoise depuis plus de quarante ans. Seuls des tirs de régulation de la faune, par des gardes de l’environnement, dans des strictes conditions et sous surveillance sont autorisés ». Que déléguer la gestion de la faune aux chasseurs « reviendrait tout simplement à réintroduire la chasse à Genève au mépris total de notre constitution ».

15 décembre 2014 : Le CE répond qu’il n’a « aucune intention de réintroduire la chasse à Genève », que le travail « effectué par les gardes de l’environnement est satisfaisant, tant du point de vue de l’efficacité que du respect des animaux ». « J’ai reçu dernièrement diverses propositions visant à la création d’un système d’éco-volontariat pour épauler les gardes dans leurs nombreuses tâches. Parmi les associations intéressées se trouvent la Fédération cynégétique genevoise (…) C’est dans ce cadre que sera étudiée la faisabilité de faire participer des « tiers autorisés », au sens de l’article 16 de la loi sur la faune et 19 de son règlement d’application, à la régulation des sangliers ».
Le CE écrit avoir reçu « dernièrement » des propositions des chasseurs. Les chasseurs eux, écriront par la suite que c'est le CE qui serait allé les chercher en juillet 2014 déjà. Ce qu’on croit bien volontiers.

8 janvier 2015 : D’abord exclue des débats, la protection des animaux est finalement conviée à prendre part aux discussions des chasseurs et organisations de protection de la nature concernant le projet d’éco-volontaire. Valérie Dérivaz, Présidente de SOS Chats Meyrin et Luc Fournier, Président de la LSCV participent aux réunions qui se dérouleront également les 19 février et 10 mars, durant laquelle la DGNP transmet un projet de Directive pour le tir des sangliers par les chasseurs « dans le cadre d'un arrêté du Conseil d'Etat, pris sur la base des articles 16 et 34 de la LFaune (M 5 05) ».

27 mai 2015 : Les organisations de protection des animaux opposées au projet de tir par les chasseurs rencontrent Luc Barthassat au DETA. Le CE confirme qu’il veut autoriser les chasseurs à tirer le gibier , notamment pour faire des économies en vue des restrictions budgétaires.
Les organisations de protection des animaux maintiennent leur opposition au projet. L’économie visée par le CE est faible puisque la régulation de la faune par les gardes coûte un maximum de CHF 150'000 à 200'000.- par année. Que le tir par des chasseurs induira aussi des coûts de fonctionnement (contrôles par le DETA, etc.) La gestion de la faune par les gardes de la DGNP est bonne, peu coûteuse, sécurisée pour le public et sans souffrance ni stress inutile pour les animaux.

23 septembre 2015 : la cinquième réunion éco-volontaire tourne court. Le CE Barthassat réorganise la DGNP. Son directeur Gilles Mulhauser est déplacé dans un autre service. La DGNP sera intégrée à une grande Direction générale de l’agriculture. Le projet éco-volontaire est suspendu.

14 octobre 2015 : Avec l’ouverture en Suisse de la chasse, plusieurs médias ont entendu parler du projet du CE de déléguer les tirs aux chasseurs genevois et traitent le sujet. Diffusion du reportage sur Léman Bleu « La chasse de retour à Genève ? ». Le CE Barthassat explique son projet :
« Il est question que les gens (chasseurs et gardes de l’environnement) travaillent mieux ensemble pour pouvoir intervenir sur le terrain si besoin en est, si restriction budgétaire ferait qu’à un moment ou à un autre on aurait pas assez de ressources pour intervenir là ou il le faut au moment ou il le faut ».
http://www.lemanbleu.ch/fr/Les-infos/La-chasse-de-retour-a-Geneve.html

28 octobre 2015 : Le Conseil d’Etat adopte la modification du Règlement d'organisation de l'administration cantonale (ROAC) visant la suppression de la DGNP. La nouvelle direction générale de l'Agriculture et de la Nature entrera en activité en 2016.
http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/reforme-inquiete-protecteurs-nature/story/12051827

9 novembre 2015 : Courrier du CE aux organisations participant au projet « Volontaires-Nature » (ex éco-volontaire). Pour lui, le préavis de la commission consultative de régulation de la faune serait « un préavis non-liant, ce qui signifie que l’autorité peut s’en écarter ». En clair, si le projet « Volontaires-Nature » reste bloqué il se chargera lui-même d’autoriser les chasseurs à tirer la faune.

La lecture faite par le CE de la Constitution et législation cantonale est assez misérable et surtout scandaleuse. A croire que réintroduire les chasseurs à Genève a été une de ses discrète promesses de campagne pour se faire élire et qu’il cherche maintenant à la réaliser par tous les moyens.
Le préavis de la commission consultative de régulation de la faune à toujours été considéré comme liant depuis l’interdiction de la chasse. Le fait que le dernier mot en matière de gestion de la faune revienne à cette commission et non à un élu politique était même à la base de la campagne de votation de 1974. Et à voir les gesticulations du CE, on ne peut que s’en féliciter.

Pan, pan, les chasseurs. Merci Barthachasse


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