Mai 2008
Si les statistiques sur les expériences sur les animaux publiées
chaque année par l’Office vétérinaire fédéral
(OVF) indiquent que l’office vétérinaire cantonal
de Soleure (OVC) n’a délivré que deux autorisations
d’expérimentations animales en 2006, elle indiquent également
qu’avant celles-ci, ce canton avait délivré sa dernière
autorisation en 1996 !
Dès lors, une administration cantonale aussi peu sollicitée
peut-elle vraiment maintenir un niveau de connaissance suffisant pour évaluer
la pertinence scientifique d’une demande d’expérimentation
animale ? A l’étude du dossier sur les expériences
faites à Soleure par le Dr Bize et au vu de la cacophonie administrative
qui en est ressortie, on peut clairement en douter.
D’une manière assez basique, la plupart des autorités
cantonales estiment que si une expérience est financée
par le FNS, c’est que la pertinence scientifique de celle-ci est établie
et qu’il n’y a dès lors pas lieu de la mettre en doute.
En d’autres termes, la demande d’expérimentation animale
est justifiée et la seule mesure à prendre avant la délivrance
d’une autorisation, consiste à s’assurer que chacune
des rubriques administratives est correctement remplie avant d’être
expédiée à l’administration fédérale.
Néanmoins, si le manque de compétence ou de moyens de
contrôle peut s’expliquer dans certains cantons, plus inquiétante
est l’absence totale de réaction de l’administration
fédérale tout au long de l’instruction du dossier
du Dr Bize.
L’Office vétérinaire fédéral (OVF)
semblait pourtant doté de moyen assez conséquents pour
s’assurer de la validité des autorisations délivrées
par les cantons. Le dossier Bize démontre au contraire que la « Haute
autorité » ne contrôle finalement pas grand chose.
Ou alors, le dossier Bize ne serait-il qu’un malencontreux concours
de circonstances ? Si tel est le cas, que l’OVF fasse amende
honorable et qu’il nous indique les mesures qu’il compte
mettre en oeuvre afin qu’à l’avenir cette succession
d’erreurs administratives ne se reproduise plus.
Le fait est qu’aujourd’hui l’OVF ne semble même
pas capable de savoir, par exemple, si une demande d’expérimentation
animale a été soumise au préavis d’une commission
cantonale avant d’être autorisée par un canton, ce
qui est pourtant une exigence légale.
L’étude de la demande d’expérience
du Dr Bize par une commission cantonale aurait-elle changé quelque
chose ?
Vraisemblablement non, tant le travail
ou les compétences de ces
commissions ne brillent que sur le papier. A notre connaissance, les
commissions qui font correctement leur travail – ou qu’on
laisse travailler correctement – ne dépassent pas le nombre
de deux. Aucune des 13 autres commissions cantonales existantes ne remplit
son mandat, tel qu’il est décrit dans les articles de la
Loi et l’Ordonnance sur la protection des animaux.
En
tout cas pas la commission neuchâteloise, censée être « indépendante
de l’autorité » mais qui est pilotée par
son vétérinaire cantonal. Bien que nous ayons dénoncé cette
situation auprès de l’OVF en 2005 déjà, le
vétérinaire cantonal siège toujours dans cette commission.
La
commission de Genève ne brille pas non plus par son activité : bien
qu’elle soit composée de 7 membres et qu’elle
doive évaluer chaque année entre 120 et 150 demandes d’expérimentations
animales utilisant plusieurs dizaines de milliers d’animaux, cette
commission n’a plus émis le moindre préavis depuis
plusieurs années. Les seuls membres qui étudient les demandes
et font part de leurs commentaires à l’autorité cantonale
sont les deux représentants de la LSCV.
La
commission du canton de Vaud, qui doit demander l’autorisation
au vétérinaire cantonal pour « contrôler » une
expérience et prévenir les scientifiques de sa visite,
fonctionne également de manière particulière. Effectuer
un contrôle sur rendez-vous a-t-il vraiment un sens ? Le fait
que le Dr Bize justifiait le fait d’opérer des oiseaux à vif,
pour la seule raison que des expériences similaires avaient déjà « été autorisées
par le canton de Vaud » ne rassure pas non plus sur les compétences
de cette commission.
Le
canton du Valais a réussi depuis de nombreuses années à déléguer
l’étude de ses dossiers expérimentaux au canton de
Vaud, sans qu’aucun membre de cette commission n’ait jamais
contrôlé la moindre expérience dans ce canton.
Même situation pour les cantons d’Argovie et d’Uri,
dont la plupart des membres de la commission bâloise ne savent
même pas que le contrôle de ces cantons leur est attribué.
De plus, imagine-t-on vraiment qu’un commissaire bâlois fasse
150 Km pour aller contrôler une expérience à Uri ?
On pourrait continuer de citer des exemples
mettant en lumière
l’absence d’efficacité de ces commissions, ou dénoncer
celles qui sont pilotées par des vétérinaires cantonaux
qui ont pris soin d’y nommer des « représentants
de protection des animaux », dont la seule qualité est
de ne jamais poser de question.
Néanmoins, la réelle responsabilité du contrôle
de l’expérimentation animale incombe au canton qui l’autorise.
Et dans le cadre des expériences du Dr Bize, on retiendra surtout
que si ce dossier met en évidence l’absence totale de contrôle
au sein des divers « filtres » prévus par
la législation censés protéger les animaux des expériences
clairement absurdes, le fait est que :
• si des animaux n’avaient pas été trouvés
mourrant sur la voie publique ;
• si nous n’avions pas
eu exceptionnellement accès
aux documents confidentiels qui démontrent les accumulations d’erreurs
et le déni de vérité de nos autorités :
jamais nous n’aurions pu connaître l’existence même
de ces expériences.
Sachant qu’on autorise chaque année en Suisse environ 800
nouvelles expériences qui utilisent plus de 700'000 animaux, on
frémit à l’idée de ce qui peut réellement
se passer dans les laboratoires de notre pays. Tant que les expériences
sur les animaux ne se pratiqueront pas dans une totale transparence,
aucune confiance ne pourra être accordée ni aux autorités,
ni aux milieux scientifiques. |