Journal du mois de septembre
2007
Rapport sur les résultats de la procédure
d’audition relative à l’Ordonnance sur la protection
des animaux (OPAn)
Comme indiqué dans notre précédent
journal, nous publions un bref aperçu du rapport mentionné.
Pour rappel, la Loi sur la protection des animaux (LPA), votée
par le peuple en 1978 a été entièrement révisée
par le parlement et adoptée le 16 décembre 2005. La nouvelle
loi entrant en vigueur début 2008, il incombait au Conseil fédéral
d’adapter l’actuelle ordonnance pour la protection des animaux,
puisqu’elle a pour vocation de préciser les articles de
la loi, notamment ceux qui fixent les mesures minimales concernant la
détention des animaux.
La consultation du 1er projet d’ordonnance rédigé par
l’Office vétérinaire fédéral a été soumise
aux parties intéressées entre juillet et novembre 2006.
A l’échéance de cette consultation, 536 prises de
positions ont été transmises au Conseil fédéral.
Tous les cantons ont participé à la consultation, ainsi
que 9 partis politiques et 331 organisations ou associations. 170 courriers
adressés par des particuliers ont fourni plus de 3000 signatures.
Le projet de révision a été salué par 14
cantons (AG, BE, BL, FR, GE, JU, NE, SG, SH, SO, TG, TI, UR, ZH), 7 autres
l’ont contesté (AI, GL, GR, OW, SZ, VD, VS).
Le rapport faisant 111 pages et traitant de tous
les domaines dans lesquels l’utilisation et la détention
d’animaux sont possibles, nous ne détaillerons que les articles
du chapitre 10, qui traitent de l’expérimentation animale.
Nous rappellerons cependant quelques pratiques actuellement autorisées
et contre lesquelles, avec d’autres organismes de protection des
animaux, nous nous sommes opposés. Nous avons demandé,
par exemple :
- L’interdiction
de l’utilisation d’animaux vivants pour le nourrissage
d’animaux sauvages si d’autres moyens permettent d’alimenter
ces animaux (art.2). On peut noter que le service vétérinaire
fribourgeois a même soutenu une interdiction totale.
Argumentation LSCV: « (…)
beaucoup d’animaux sauvages, notamment les reptiles,
sont nourris avec des animaux vivants dans le but de
leur fournir une distraction ou pour éviter
au détenteur de l’animal de devoir animer
un animal mort dans le but de lui faire avaler la proie.
Un animal (proie) vivant ne doit pas être un
palliatif à de mauvaises conditions de détention
pauvres en stimuli. Imposer cette situation à un
animal est un acte cruel si d’autres dispositions
peuvent être prises ».
-L’interdiction
de l’utilisation d’animaux vivants dans la formation de
chiens destinés à la chasse au terrier (art.68).
Argumentation LSCV: « (…)
La chasse au terrier est parfaitement contraire aux principes
mentionnés dans la LPA, qui mentionne notamment à l’art.4
que « personne ne doit de façon injustifiée
causer à des animaux, des douleurs, des maux (…),
les mettre dans un état d’anxiété (…) ».
La chasse au terrier ne trouve de justification que dans
une « tradition », qui n’a
plus sa raison d’être. La régulation
des animaux concernés par cette chasse peut se
pratiquer par d’autres moyens, comme par des tirs à l’affût.
La chasse au terrier ne trouvant plus sa source dans
la LPA actuelle, l’entraînement de chiens à cette
fin, si elle est mentionnée, doit être interdite ».
-L’interdiction
d’élever des animaux pour la chasse (art.82).
Argumentation LSCV: « il
est inconciliable avec la dignité de l’animal
et avec l’éthique de la protection des
animaux d’élever des animaux uniquement
dans le but de les mettre en liberté pour ensuite
les chasser. Ceci d’autant plus que cette méthode
surannée d’élevage et de lâcher
n’est presque plus pratiquée en Suisse ».
-L’interdiction
des abattages rituels ou de la décapitation de la volaille
sans étourdissement préalable (art.149).
Argumentation LSCV: « La
notion d’abattage rituel doit être supprimée.
Les volailles aussi ont droit à des méthodes
modernes et humaines d’étourdissement
et d’abattage. La décapitation et les
abattages rituels provoquent aux animaux des douleurs
inutiles ainsi que de la souffrance et sont en conséquence à interdire,
respectivement autorisés sous étourdissement
préalable ».
Les éleveurs de bétail opposés à la
nouvelle ordonnance
On signalera encore que plusieurs mesures visant à mieux
détenir les animaux de rente sont vivement combattues par les
fédérations et les représentants des milieux agricoles.
Certaines contestations sont assez choquantes et nous apparaissent même
comme contraires à leurs intérêts : Les producteurs
de viande suisse ne pourront financièrement jamais rivaliser avec
la production de viande étrangère. Dès lors, si
nos producteurs ne sont pas à même de garantir un élevage
respectueux des animaux détenus, on se demande bien pourquoi le
consommateur se priverait d’acheter du porc breton ou de la dinde
chinoise.
Parmi les contestations
assez scandaleuses, on citera par exemple :
-Celle des éleveurs
de porcs, soutenus par quelques cantons et partis politiques,
et qui sont opposés à l’augmentation
de la surface au sol de 0,6 (ordonnance actuelle) à 0.9m2
(nouvelle ordonnance) par porc. Sachant que
ceux-ci peuvent peser une centaine de kilos en fin
d’engraissement, même 0,9 m2 par animal
reste une détention honteuse !
-Les éleveurs de
lapins demandent également la suppression des
surfaces surélevées dans les clapiers.
Celles-ci permettent pourtant aux femelles ayant mis
bas de s’isoler de leurs progénitures, comportement
qui se retrouve à l’état sauvage
(les petits sont alimentés une fois par jour par
la mère, qui quitte ensuite le terrier en rebouchant
son extrémité).
-Les éleveurs de
volailles exigent quant à eux la suppression des
perchoirs !
Chapitre 10: Expérimentation animale
- Prises de position
Compte-rendu par article :
Section 2:
Animaux d’expérience
Art. 155 Détention
Les organisations de protection des animaux (38 prises de position) demandent
que la détention individuelle d’animaux insociables ne soit
autorisée qu’à titre exceptionnel et à court
terme.
Art.
158 Provenance des animaux d’expérience :
(Captures d’animaux sauvages pour les
laboratoires. N.d.l.r.)
Les instituts universitaires et pharmaceutiques craignent que cet article
interdise l’examen des animaux. De nombreux instituts de recherche
(155) demandent qu’il soit reformulé de façon à continuer
d’autoriser les expériences zoologiques sur les animaux
sauvages.
Le KTT(1), la LSCV et le parti socialiste suisse demandent que l’on
définisse des restrictions, de façon à ne pas mettre
en péril la préservation des espèces et de ne pas
soumettre les animaux capturés à des contraintes (il
s’agit surtout d’interdire la capture d’animaux sauvages –principalement
des primates- alors qu’il est prouvé que leurs piégeages
et leurs transports provoquent des souffrances et une mortalité élevée.
De plus, comment convaincre les populations africaines, par exemple,
de préserver certaines espèces de primates en voie de disparition,
si nos universités et industries pharmaceutiques viennent se servir
pour alimenter leurs laboratoires? N.d.l.r).
Art. 159 Marquage
des animaux d’expérience
La LSCV demande que les marquages d’animaux soient saisis dans
une base de données ne dépendant ni de l’éleveur
ni du fournisseur, afin de prévenir tout commerce illégal.
Les lapins doivent eux aussi impérativement être marqués.
GR, TG, TI, ZH et l’association suisse des vétérinaires
cantonaux, demandent que l’on prévoit pour tous les animaux
d’expérience, y compris les rongeurs de laboratoire, les
techniques de marquage les moins contraignantes (actuellement,
l’ablation des phalanges –section d’un doigt sans anesthésie-
chez les rongeurs est le marquage le plus couramment pratiqué.
N.d.l.r).
Art. 172 Obligation
d’annoncer les porteurs d’une mutation délétère
et autorisation ultérieure
Les organisations de protection des animaux (38 prises de position) demandent
que l’on ajoute que les lignées et les souches d’animaux
non autorisées (car provoquant des
souffrances injustifiées. N.d.l.r) doivent être signalées
aux autorités cantonales ainsi qu’aux commissions pour l’expérimentation
animale et à l’OVF.
Art. 180 Critères
pour évaluer le caractère indispensable des expériences
qui causent des contraintes aux animaux
Le STS (PSA), Vier Pfoten, la LSCV ainsi que 36 autres organisations
de protection des animaux demandent que le requérant soit tenu
de prouver que l’expérience prévue peut être
réalisée avec les animaux concernés. Les expériences
avec les primates devraient faire l’objet d’une expertise
pluridisciplinaire.
Art. 181 Expériences
causant des contraintes: buts d’expériences inadmissibles
Les universités et hautes écoles (164) craignent que ces
dispositions nuisent à l’enseignement. La LSCV, le STS (PSA)
ainsi que 37 autres organisations de protection des animaux et Vier Pfoten
demandent l’interdiction des expériences en relation avec
le tabac, les armes et les munitions, les produits cosmétiques,
les produits de lessive ainsi que les «produits life-style» et
la «functional food».
Les mêmes organisations de protection des animaux demandent que
l’on interdise les expériences causant des contraintes dans
la recherche de base ainsi que les expériences causant des contraintes,
mineures ou majeures, aux primates. Sept organisations requièrent
une interdiction générale des expériences avec des
singes anthropoïdes.
Section 7:
Annonces et contrôles
Art. 191 Contrôles
La LSCV aimerait que l’on prescrive que les contrôles soient
effectués de manière inopinée (actuellement
et dans la plupart des cas, les contrôles d’expériences
dans les laboratoires sont préalablement annoncés. N.d.l.r).
Art. 193 Commission
cantonale pour les expériences sur les animaux
Selon le KTT et la LSCV, les autorités cantonales devraient s’assurer
que l’offre de perfectionnement soit adaptée aux besoins
des membres de la commission (cet article
prévoit l’obligation pour les membres des commissions de
suivre des cours de perfectionnement, par ex. sur l’application
de la législation. N.d.l.r.). Ces derniers devraient procéder à des
contrôles inopinés indépendamment des autorités
cantonales (actuellement, certains cantons
obligent les commissaires à effectuer leurs contrôles en
présence des autorités, qui ont souvent « pris
rendez-vous » avec le laboratoire à contrôler!
N.d.l.r.).
Le FFVFF (Stiftung Fonds für versuchstierfreie Forschung) demande
que les membres de la commission cantonale aient la possibilité de
faire appel à des spécialistes externes. Le secret de fonction
devrait être assoupli en conséquence.
Section 9:
Statistique et information du public
Art. 194
Les universités et sociétés pharmaceutiques craignent
que les dispositions de l’article 190 (recensement
des animaux élevés ou utilisés par les laboratoires.
N.d.l.r.) conduisent à une augmentation massive (du nombre)
des animaux (recensés), ce qui pourrait avoir pour conséquence
de nuire à la protection du climat et partant, à la recherche (actuellement,
un grand nombre d’animaux détenus dans nos laboratoires
n’apparaissent dans aucune statistique. Grâce à cet
article, nous allons enfin savoir combien ils sont. Si les laboratoires
ont peur que ce chiffre nuise « à la protection du
climat », il doit être scandaleusement élevé !
N.d.l.r.).
Le parti socialiste suisse et 39 organisations de
protection des animaux demandent en revanche plus de transparence, à savoir être
informés sur le nombre des animaux et sur les pollutions (expériences
inutiles. N.d.l.r.). qui pourraient résulter des projets
d’expérimentation animale autorisés. Sept organisations
de protection des animaux estiment que le rapport évoqué à l’alinéa
3 doit aussi informer sur les alternatives.
Le KTT demande que l’OVF soit contraint d’adapter régulièrement
les directives sur l’expérimentation animale et sur les
méthodes alternatives à l’état des connaissances
scientifiques.
Chapitre 15:
Exécution
Art. 208 Surveillance, formation et information
Le KTT et la LSCV demandent que l’on établisse que l’OVF
doit informer les cantons et les commissions cantonales sur les nouvelles
méthodes et techniques scientifiques permettant de réduire
le nombre d’animaux. La société vaudoise pour la
protection des animaux (SVPA) souhaiterait que l’on établisse
dans un nouvel alinéa le principe fondamental que
les autorités de surveillance peuvent confier certaines tâches à des
organisations privées reconnues.
Annexe 1:
Exigences minimales pour la détention d’animaux domestiques
12 Porcs
Le KTT et la LSCV aimeraient que l’on supprime la mention «minipigs
exceptés» dans le titre et que l’on définisse également
des dimensions minimales pour ces animaux (à ce
jour, aucune directive ni texte de loi ne définissent une détention
minimale pour les minipigs, qui sont des porcs de petite taille élevés
principalement pour l’expérimentation animale. N.d.l.r.).
Annexe 3:
Exigences minimales concernant la détention des animaux d’expérience
dans des animaleries autorisées
31 et 32 Petits rongeurs
De nombreuses prises de position (194) (principalement
des milieux scientifiques. N.d.l.r.) rejettent les exigences spéciales
prévoyant les objets à ronger, la structure du fourrage
ou les cachettes (dans les cages), car ces données pourraient
compromettre des analyses comparatives avec d’autres pays, limiter
la visibilité des animaux, avoir des effets sur les comportements
liés à la peur ou encore générer des problèmes
physiologiques en relation avec l’alimentation.
Selon la LSCV, le STS (PSA), Vier Pfoten, l’Institut de protection
des animaux de l’université de Berne (Universität Bern,
Institut für Tierzucht) et plus de 30 autres organisations de protection
des animaux, les dimensions minimales sont insuffisantes et peuvent conduire à une
détention dans des conditions cruelles pour les animaux et ainsi
nuire à la fiabilité des résultats de la recherche.
(Les scientifiques annoncent
qu’une amélioration de la détention
des rongeurs nuira aux résultats des expériences,
les associations de protection des animaux prétendent
le contraire. Publications scientifiques à l’appui!
N.d.l.r.).
Le comité de rédaction
Rôle des
commissions cantonales sur l’expérimentation animale
La loi et l’ordonnance sur la protection des animaux obligent les
cantons autorisant des expérimentations animales à créer
une commission indépendante de l’autorité (souvent
représentée par l’Office ou le Service vétérinaire
cantonal).
Composée de représentants des milieux scientifiques et
de protection des animaux, son rôle est d’étudier
les nouvelles demandes d’expérimentations animales des scientifiques
et d’émettre un préavis sur celles-ci à l’attention
de l’autorité. Si la décision finale (autorisation
ou refus de l’expérience) de l’autorité va à l’encontre
de la décision de la commission, elle a l’obligation de
motiver sa décision(2).
S’il existe actuellement 18 commissions cantonales, on peut regretter
que dans certaines d’entres elles, les représentants de
la protection des animaux ne remplissent pas leur rôle. Soit parce
qu’ils ne sont pas compétents dans ce domaine, ou pire encore,
parce qu’ils sont favorables à l’expérimentation
animale. Il s’agit souvent de représentants de refuges pour
animaux (SPA), généralement placés par les autorités
cantonales et donc quasiment impossibles (pour des associations ouvertement
opposées à la vivisection comme la LSCV) à éjecter
de leurs postes. Que des associations de protection des animaux placent
dans ces commissions des représentants uniquement pour dire à leurs
membres : « Oui, nous luttons contre l’expérimentation
animale, la preuve : nous avons un représentant de notre
association dans la commission », est une honte et nous irrite
au plus au point. Nous n’avons qu’un souhait : que ces
personnes partent rapidement et laissent leurs places à des protecteurs
des animaux réellement convaincus du travail à accomplir.
Luc Fournier
Représentant de la protection des animaux au sein de la commission
sur l’expérimentation animale du canton de Genève
depuis 1997, du KTT depuis 2002.
(1) Le « KTT » regroupe
sous ce nom des représentants d’associations de protection
des animaux, qui siègent dans les commissions cantonales et dans
la commission fédérale sur l’expérimentation
animale. La première séance a été organisée
en 2002, grâce à l’initiative de Norma Schenkel, représentante
de la PSA (STS) au sein de la commission fédérale.
Les débuts du KTT ont été laborieux, les diverses tensions
entre les associations de protection des animaux réunies devant s’aplanir.
Mais aujourd’hui, la collaboration entre les membres du KTT est excellente
et permet un véritable échange de compétences. Les membres
actuels du KTT siègent dans les commissions suivantes : Fédérale
(2), Bâle (3), Berne (3), Fribourg (1), Genève (2), Vaud (2), Zurich
(3). Trois représentants de la LSCV siégeant dans une commission
cantonale sont membres du KTT.
(2) Cette disposition à elle seule, justifie
l’indépendance de la commission vis-à-vis de l’autorité cantonale
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