Journal du mois de juin 2007

Expériences sur des singes refusées à Zürich

Cette bonne nouvelle, nous la devons à l’engagement et aux compétences d’une partie des 11 membres de la Commission zürichoise sur l’expérimentation animale, qui se sont opposés à une autorisation préalablement délivrée par les autorités cantonales.

La décision de la Commission sur l’expérimentation animale de refuser deux expériences sur des singes n’est pas passée inaperçue.
Un premier article, paru en janvier passé dans le Sonntagszeitung, a rendu public ce refus d’autorisation, avant que le reste de la presse alémanique relate le sujet. La presse romande s’y est mise à son tour deux mois plus tard, mais avec un parti pris assez flagrant en faveur des scientifiques, qui ont pu assez librement exprimer leur colère : « Rendez-nous nos singes » titraient en gros caractères la plupart des quotidiens romands.
Autant une partie des journaux alémaniques a permis aux membres de la Commission zürichoise de motiver leur refus, autant les journaux romands n’ont relaté que le « désarroi » de ces chercheurs, victimes d’une décision si injuste -contre laquelle ils ont d’ailleurs fait recours auprès du Tribunal administratif .

Une expérience sur des primates déjà refusée par le passé
Ce n’est pas une première pour la Commission zürichoise, puisqu’elle avait déjà recouru contre une expérience sur des primates par le passé. Mais son recours ayant été rejeté par la Direction zürichoise de la santé, la Commission n’était pas allée plus loin dans son action.
Aujourd’hui ce n’est plus le cas, puisque cette fois, son recours a été accepté.

Dignité de l’animal
Ces deux expériences, menées conjointement par des scientifiques de l’Ecole polytechnique fédérale et de l’Université zürichoises, visent à étudier sur des macaques rhésus diverses maladies humaines touchant le cerveau.
La «pesée des intérêts» mentionnée dans l’actuelle loi sur la protection des animaux, à savoir : le « gain scientifique » obtenu mis en balance avec les souffrances endurées par les animaux, a justifié le rejet de ces expériences par la Commission zürichoise.
« Ces expériences sont également contraires à la dignité de l’animal » a ajouté la Commission, se référant à un article de la nouvelle loi sur la protection des animaux, qui n’entrera pourtant en vigueur qu’en 2008. « Les expériences ayant une durée de validité de trois ans, cet article de loi a pu être appliqué préventivement » indique l’Office Vétérinaire Fédéral. Ce qui a eu le mérite d’énerver prodigieusement les scientifiques concernés.
« Les animaux ne souffrent pas » prétend le neurobiologiste Daniel Kiper, frustré dans ses expériences. Il conteste également qu’il y ait une quelconque atteinte à la dignité des animaux ou une pesée des intérêts négatives. Le recours déposé par l’Ecole polytechnique fédérale et l’Université de Zürich est encore aux mains du Tribunal administratif.

Qui veut aller travailler en Chine ?
A chaque action contre l’expérimentation animale, les milieux scientifiques brandissent le spectre de la fuite des « cerveaux », dans ces pays tellement plus conciliants et surtout, exempts de ces absurdes notions de protection des animaux, qui ne sont que des sensibleries. Il y a quelques années, c’étaient les pays de l’Est qui étaient cités en exemple. Mais depuis quelque temps, les pays asiatiques semblent être le nouvel eldorado.
Faisons-nous réellement fuir la recherche avec nos actions et revendications ? Bien sûr, des projets scientifiques sont délocalisés pour échapper à notre législation. Mais globalement, l’hémorragie de cerveaux régulièrement annoncée n’a jamais eu lieu.
Car il ne faut pas oublier que ces scientifiques, qui peuvent torturer à longueur d’année leur lot d’animaux sans ressentir trop d’état d’âme, gardent néanmoins un nombre de caractéristiques propres à l’espèce humaine : le besoin de rayonner socialement, de remplir leur compte en banque et de s’assurer une paisible retraite.
Connaissez-vous les salaires attribués à tous ces « professeurs » en activité dans nos universités et autres écoles polytechniques ? Le montant de leurs frais annexes, globalement pris en charge par ces instituts ? La guerre que se livrent nos universités pour  débaucher les « meilleurs » scientifiques, leur assure des rémunérations particulièrement élevées, finalement prises en charge par le biais de nos contributions publiques.
Ainsi, à ces scientifiques qui menacent, par exemple, de s’exiler en Chine, nous leur souhaitons bien du plaisir avec leurs nouveaux «avantages sociaux» à faire valoir dans une des provinces de ce pays.

Tous les animaux souffrent de la même manière
En fait, nos questions se posent plutôt sur l’intérêt que suscite une espèce animale par rapport à une autre. Ces derniers temps, plusieurs expériences faites en Suisse sur des singes ont été critiquées. Une d’entre elles a fait l’objet l’an passé d’une interpellation du Conseil fédéral lors d’une séance du Conseil National. Une motion demandant l’interdiction de certaines expériences sur les primates a récemment été déposée au Parlement. Pour finir, une pétition sur le même sujet vient elle aussi d’être lancée. Condamner les expériences sur les singes ne doit pas nous amener à tolérer celles pratiquées sur des animaux dit «inférieurs». Bien sûr, pour les représentants de protection des animaux amenés à contrôler une expérience sur des animaux,  la situation peut être émotionnellement plus difficile à supporter si l’animal utilisé est un singe au lieu d’un rat, par exemple. Pourtant, tous les organismes dotés d’un système nerveux un tant soit peu évolué sont amenés à souffrir. C’est pour cette raison que nous ne voulons pas nous engager dans des actions qui visent à mettre en place une classification d’expériences acceptables, uniquement en fonction des espèces animales utilisées.
L’expérimentation animale doit être abolie, sans exception, pour des raisons éthiques et scientifiques.

Le comité de rédaction